L’EVOLUTION DE LA TECHNIQUE MEUNIERE

18 octobre 2026 | Histoire & Économie

La première technique pour transformer le grain en farine consistait simplement en une grande pierre plate légèrement creuse, sur laquelle on écrasait les grains au moyen d’une petite pierre cylindrique par un mouvement manuel de va-et-vient. Le musée de Moulins conserve une meule retrouvée dans le bois de Palvesin à Veauce (Allier). Elle daterait du néolithique, soit quelques six mille ans avant JC

Plus tard, les peuples de l’antiquité (Egyptiens, Grecs) écrasaient les grains à l’aide d’un pilon et d’un mortier pour transformer les grains en farine.

Beaucoup plus tard est apparu le moulin à mouvement rotatif formé de deux disques de pierre superposés : la pierre du bas restait fixe (meule dormante), tandis que celle du haut pouvait tourner autour de son axe (meule tournante) par la force des bras. Le grain était introduit par le centre évidé de la meule supérieure. Ce type de broyeur est connu sous le nom de moulin à bras. Ces moulins sont apparus en Gaulle au IIe siècle avant JC. Un moulin à bras, en basalte, a été découvert en Combraille, à Saint-Gervais-d’auvergne.

Par la suite, les Romains adoptèrent la forme conique pour la meule dormante, tandis que la meule tournante, creuse, en forme de double cône tronqué venaient s’emboîter dessus. Le grain, versé dans le cône supérieur de la meule tournante, était écrasé par le frottement des deux parois. Ces moulins domestiques étaient mus par des esclaves ou des bêtes de somme.

S’inspirant de la roue à godets (noria) utilisée, dès avant notre ère, pour élever l’eau des puits, l’homme étudia la possibilité d’utiliser l’énergie hydraulique pour mouvoir les meules. Les premiers moulins à eau utilisèrent la technique de la roue motrice horizontale avec transmission directe du mouvement à la meule tournante. En France, c’est entre le Xe et le XIIIe siècle que le nombre de moulins à eau a connu une forte expansion, liée au recul progressif de l’esclavage.

Un pas important a été franchi avec l’apparition de la roue motrice verticale. En effet toute la difficulté du système résidait dans la façon d’assurer la liaison entre l’axe de la roue, qui était horizontal, et celui des meules qui était vertical. Un mécanisme ingénieux fut alors mis au point, qui consistait en une roue dentée solidaire de l’arbre moteur (le rouet), dont les alluchons (dents à bois dur) plantés sur sa couronne s’engrenaient sur un pignon à fuseaux verticaux (la lanterne). Cette dernière était disposée à l’extrémité inférieure d’un axe vertical qui traversait le centre de la meule dormante et transmettait le mouvement rotatif à la meule tournante. Cet engrenage perfectionné ouvrait la voie à une utilisation industrielle multiforme du moulin à eau. Pour de longs siècles, la roue hydraulique restera le moteur universel.

Autres éléments indispensables pour écraser les grains et produire les farines : les meules de pierre. Les pierres sont extraites de carrières puis taillées par des artisans spécialisés. Les meules traditionnelles, qui fonctionnent toujours par paires sont constituées de disques taillés dans une pierre appropriée, principalement du silex, leur épaisseur varie de vingt à trente centimètres et leur diamètre peut atteindre deux mètres :

  • La meule inférieure, dite «dormante», est immobile et repose sur une table particulièrement robuste. Sa face supérieure présente des rainures de formes variées et un orifice central, permettant le passage d’un axe vertical,

  • La meule supérieure, dite «tournante», présente un rayonnage inversé sur sa face supérieure ainsi qu’une ouverture centrale pour l’alimentation en grains. Grâce à la force centrifuge, ces derniers sont progressivement écrasés du cœur vers la périphérie de la meule, où il est réduit en farine.

Régulièrement, les meules s’usent et sont «rhabillées», c’est-à-dire rendues à nouveau rugueuses pour qu’elles puissent continuer à effectuer les moutures. Ce travail est effectué par des artisans spécialisés appelés «picoteurs».

Au-delà de l’énergie hydraulique, quelques moulins fonctionnaient avec le vent. Selon un recensement de 1809, notre province comptait entre deux et trois mille moulins à eau contre une dizaine de moulins à vent …..

Sources : L’histoire des moulins par Jean-Paul VIRMONT