La croix d’Eugène Auraix est située sur le territoire du village d’Aizier, commune du Quartier, à la fourche de la voie ancienne « de Montaigut au Limousin » qui passe par le Bois du Quartier et de la route de Crépaillat à la D 988. Elle ne figure pas sur le cadastre napoléonien (1833), à la différence de la « Croix des Combres », à environ 155 m de là vers l’Est, sur le « Chemin de Pionsat au Quartier », aujourd’hui disparu mais dont le tracé est cependant conservé dans le cadastre actuel. Il est encore décelable au sol sur une bonne part de son parcours à travers bois et champs : ici et là son empierrement est encore visible, quoiqu’en partie retourné par les labours. La cause de son abandon est la réalisation, vers 1865/1867, du Chemin d’Intérêt Commun n°13 (CIC 13), aujourd’hui RD 988.

Quant à la « Croix des Combres », elle est aujourd’hui introuvable. Le symbole la représentant sur le cadastre de 1833, un double cercle, correspond à un « point de polygonation ». Plus précisément, il s’agissait ici d’un « sommet borné » ; autrement dit, la croix était au sommet de la butte et elle possédait une borne cadastrale (marquée N sur la cadastre de 1833). À moins que la croix ait été la borne-même, cette borne s’y trouve-t-elle encore, peut-être enfouie ?
Cette croix aurait-elle donc été déplacée (un parallèle peut être fait avec la Croix de la Justice, retirée de l’ancien « Chemin de Montaigut au Limousin » et placée sur le site actuel, probablement suite à la création du même CIC n°13) et réutilisée pour la croix d’Eugène Auraix ? On peut en douter : toutes les cotes, tant de la croix, en fer, que de sa base, en pierre, sont en système métrique qui, bien qu’instauré entre 1795 et 1801, ne fut vraiment imposé qu’en 1837. Or, à supposer qu’elle ait été en pierre, la croix des Combres et sa base ne devaient probablement pas être en système métrique.
L’inscription de la croix d’Eugène Auraix, ici repassée à la craie sans quoi elle serait illisible (sauf en lumière rasante), est très érodée par le temps. On peut y lire :
« POSE (ou POSÉ) PAR EUGENE AURAIX 1888 »
Le lapidaire était-il un professionnel ? Est-ce Eugène ou un proche qui l’a gravée ? Il y a des écarts irréguliers entre les lignes qui elles-mêmes ne sont pas toutes alignées. Il en est de même avec les lettres dont les dimensions varient, allant d’environ 30 à 45 mm de haut pour 20 mm de large. Il y a un repentir : le P de « Par » est trop grand par rapport à la taille des deux autres lettres. Il ne semble pas y avoir de signature (il faudrait davantage dégager le monument des ronces et l’inspecter méticuleusement) En ce qui concerne la date, il est à noter que le deuxième 8 est très abîmé.
Quant à la personne dont le nom figure sur l’inscription, « Eugène Auraix », il doit s’agir d’Eugène Hippolyte Auraix, né le 31 décembre 1875. Il est cité sur la liste nominative de recensement d’Aizier de 1876 : ce fut le dernier-né de la famille. Il n’apparaît plus dans le recensement de 1896. En voici la raison : Eugène Polite Auraix a quitté définitivement Le Quartier pour devenir pharmacien à Combronde où il se marie en 1896 ; il décède assez jeune, à 55 ans, en 1931.
Un problème se pose cependant : le jeune âge d’Eugène, 13 ans, au moment de la pose. Peut-être y a-t-il un lien avec la réalisation d’un vœu : serait-ce un ex-voto ? À moins d’imaginer qu’un collatéral plus âgé, habitant ailleurs dans la région, ait été nommé ou surnommé « Eugène », ce qui n’est pas à exclure, il n’y a pas, a priori, d’autre Eugène à la même époque au Quartier.
En l’état actuel de la recherche, la croix d’Eugène Auraix ne semble pas être la Croix des Combres qui aurait été déplacée et « posée » à un nouvel emplacement. Il demeure néanmoins que cette croix fait partie du petit patrimoine historique local à protéger. Quant à la croix des Combres, elle semble avoir totalement disparu ; mais qui sait ?
Source : Petit Patrimoine du Canton de PIONSAT par Jean-Noël JOUSSOT
