LANGUE FRANCAISE : DE LA REVOLUTION A AUJOURD’HUI

7 avril 2026 | Art & Culture

1789-1870 fut une période d’agitation et de changement de régimes. Ce mouvement de patriotisme s’étendit aussi au domaine de la langue. Pour la première fois, on associa langue et nation. Ce devint une affaire d’Etat : il fallait doter d’une langue nationale la République unie et indivisible ; et élever le niveau des masses par l’instruction ainsi que par la diffusion du français.
L’abbé Grégoire fut l’un des plus ardents pourfendeurs des patois durant la Révolution. En 1794, il remettait un « rapport sur la nécessité et les moyens d’anéantir les patois et d’universaliser l’usage de la langue française »
Il dressait un état des lieux des langues parlées en France : « Nous n’avons plus de provinces, et nous avons encore environ trente patois qui en rappelle les noms. Peut-être n’est-il pas inutile d’en faire l’énumération : le bas-breton, le normand, le picard, le rouchi ou wallon, le flamand, le champenois, le messin, le lorrain, le franc-comtois, le bourguignon, le bressan, le lyonnais, le dauphinois, l’auvergnat, le poitevin, le limousin, le picard, le provençal, le languedocien, le velayen, le catalan, le béarnais, le basque, le rouergat et le gascon. Au nombre des patois, on doit placer encore l’italien de la Corse, des Alpes-Maritimes, et l’allemand des Haut et Bas-Rhin, parce que ces deux idiomes y sont très-dégénérés. Enfin, les nègres de nos colonies, dont vous avez fait des hommes, ont une espèce d’idiome pauvre, comme la langue franque, qui, dans tous les verbes, ne connait guère que l’infinitif ».
A cette même période, les prénoms français traditionnels subirent une cure de « déchristianisation ». A partir du 14 octobre 1793 et jusqu’au 1 janvier 1806, le calendrier révolutionnaire français, ou calendrier républicain, remplaça le calendrier grégorien. Dans la circulaire du Comité de salut public, publié le 16 juin 1794, il est fait mention que « dans une République une et indivisible, la langue doit être une et qu’il faut briser entièrement la variété des dialectes comme l’un des ressorts de la tyrannie »
Le 17 novembre 1794, la Convention nationale adoptait le décret de Joseph Lakanal (1762-1845) et, le lendemain, toujours sur proposition de Lakanal, on décidait la création de 24 000 écoles primaires, soit une école pour 1000 habitants, avec un cahier des charges précis :
ART.2 : Dans l’une et l’autre section de chaque école, on enseignera aux élèves :
1°. A lire et à écrire, et les exemples de lecture rappelleront leurs droits et leurs devoirs.
2°. La Déclaration des droits de l’homme et du citoyen et la Constitution de la République.
3°. On donnera des instructions élémentaires sur la morale républicaine.
4°. Les éléments de la langue française, soit parlée, soit écrite.
5°. Les règles du calcul simple et l’arpentage
6°. Les éléments de la géographie et de l’histoire des peuples libres.
7°. Des instructions sur les principaux phénomènes et les productions les plus usuelles de al nature.
On fera apprendre le Recueil des actions héroïques et les chants de triomphe.
ART.3 : L’enseignement sera fait en langue française ; l’idiome du pays ne pourra être employé que comme un moyen auxiliaire.
Cette période agitée et instable fit progresser considérablement le français sur le territoire national. Les populations rurales, désireuses de connaître les événements ainsi que les nouveaux droits et devoirs, se familiarisèrent avec le français. Il s’agissait souvent d’un français assez particulier, mais d’un français quand même.
A la fin du XIXe siècle, le français était à peu près tel que nous le connaissons aujourd’hui.
Peu après le milieu du XIXe siècle (en 1863), on comptabilisait encore 7,5 millions de français ignorant la langue nationale (sur près de 38 millions d’habitants, soit 20%). Selon les témoignages de l’époque, les enfants des villages de province ne retenaient guère le français appris à l’école ; cette langue ne semblait pas laisser plus de trace que le latin n’en laissait à la plupart des élèves sortis des collèges. Les élèves reparlaient le patois dès leur retour au logis paternel.
En 1863, une enquête statistique, effectuée sous le Second Empire révélait que, sur 37 510 communes, 8381 d’entre elles sont censées ignorer le français. On y apprenait aussi que, sur plus de quatre millions d’enfants scolarisés et âgés de 7 à 13 ans, près de 450 000 (ou 12,50%) ne parlaient que leur langue maternelle, et que 1 ?5 million d’enfants connaissaient un français oral, sans être capable de l’écrire.
Les lois Jules Ferry, instituèrent la gratuité de l’école primaire (1881), rendirent obligatoire (1882) l’enseignement primaire et laïcisèrent les programmes scolaires. Le français s’imposa sut tout le territoire et se démocratisa. L’objectif de Jules Ferry était surtout d’éliminer le clergé des écoles publiques. On nomma des instituteurs laïcs qui furent appelés « les hussards de la République », en raison de leur uniforme, une longue redingote noire et une casquette plate. Ces instituteurs formés à l’Ecole normale avaient pour mission première de dispenser un enseignement laïc, mais également d’éradiquer les patois locaux.
Néanmoins, en 1926, le grammairien Ferdinand Brunot (1860-1938), écrivait dans son Histoire de la langue française que les patois étaient encore bien vivants dans les campagnes.

Sources : Jean-Paul VIRMONT : langue Française et patois locaux : 20 siècles de cohabitation