La Gaule entière fut conquise en 51 avant notre ère, les envahisseurs y trouvèrent plusieurs peuples qui parlaient des langues différentes, dont la gaulois et ses multiples variantes. Les Gaulois ne disposaient pas d’une écriture propre ; il n’a jamais existé d’alphabet chez les Gaulois, les druides s’étant toujours opposés à un enseignement écrit des traditions religieuses.
Après la conquête romaine, l’alphabet latin se généralisa dans toute la Gaule, mais les romains n’imposèrent pas vraiment leur latin aux vaincus. La civilisation gauloise se transforma sous la domination romaine. Il en résulta un mélange de modes de vie gaulois et romain, que l’on appela la « civilisation gallo-romaine ».
Après les grandes invasions, l’Empire romain disparut, de même que le latin comme langue parlée. Cependant les Romains allaient laisser un héritage considérable : l’alphabet latin qui est utilisé aujourd’hui par la moitié de l’humanité.
En 760, le royaume des Francs passa aux mains de Charlemagne dont la langue maternelle était le Francisque-Rhénan. Cette période est considérée comme la préhistoire du français, car il s’agit du passage du latin au roman, une langue aux multiples variétés qui prendra des formes différentes selon qu’elle était parlée au nord ou au sud.
On situe la naissance du français vers le IXe siècle, mais ce français naissant n’occupait encore au IXe siècle qu’une base territoriale extrêmement réduite et n’était parlé que dans les régions d’Orléans, de Paris et de Senlis. Le peuple parlait, dans le Nord, diverses variétés de langue d’oïl. Dans le Sud, les variétés d’oc, plus proches du latin, étaient florissantes.
Seuls les lettrés écrivaient en « latin d’Eglise », aujourd’hui latin ecclésiastique, et ils communiquaient entre eux dans cette langue. Le français « françoys » (se prononce franswé) n’était pas encore une langue officielle, il était néanmoins utilisé par les couches supérieures de la société et dans l’armée royale.
Le français emprunta à l’arabe des mots liés aux sciences, ainsi que la numérotation décimale que le moine mathématicien et astronome-auvergnat Gerbert d’Aurillac avait découvert lors de ses études à Barcelone avant de devenir pape (Sylvestre II). Après les invasions normandes, le français, avait un grand prestige dans toute l’Angleterre aristocratique. Comme tous les juges et juristes étaient recrutés en France, le « françoy » de France devint rapidement la langue de la loi et de la justice, sans compter que de nombreuses familles riches et nobles envoyaient leurs enfants étudier dans les villes de France.
A ce moment, toute la monarchie anglaise parlait français (le « françoy »), et ce, d’autant plus que les rois anglais épousaient systématiquement des princesses françaises (toutes venues de France entre 1152 et 1445). Certains rois anglais passaient plus de temps sur le continent qu’en Grande-Bretagne. Ainsi, Henri II passa 21 ans en France en 34 ans de règne. Jusqu’en 1349, l’université d’Oxford dispensait son enseignement en français, Henri V fut, à partir de 1420, le premier roi d’Angleterre à utiliser l’anglais dans les documents officiels.
C’est dans son château de Villers-Cotterêts, en 1539, que François 1er, qui parlait le « françoys », le latin, l’italien et l’espagnol, signa l’ordonnance imposant le français comme langue administrative au lieu du latin. Cette ordonnance était une façon de réduire le pouvoir de l’Eglise tout en augmentant celui de la monarchie. Dorénavant, le roi s’attribuait de plus grands pouvoirs administratifs et limitait ceux de l’Eglise aux affaires religieuses.
En obligeant les curés de chaque paroisse à tenir un registre des naissances et des décès, François 1er mettait en place l’état civil. A l’époque, le français était aussi étranger que le latin pour l’immense majorité de la population. Les ordonnances royales ne réglementaient que les écrits officiels, pour le langage parlé, on laissait le choix de s’exprimer :
-en langage « Françoy ou maternel » (ordonnance de 1490)
-en « vulgaire ou langage du pais » (ordonnance de 1510).
Sources : Jean-Paul VIRMONT : Langue française et patois locaux : 20 siècles de Cohabitation
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