FAUX-SAUNAGE : LA REPRESSION

23 février 2026 | Histoire & Économie

Le 14 mai 1704, l’intendant de Moulins déclarait que le plus grand faux-saunage qui se faisait dans le Bourbonnais provenait des bois des Colettes et de Nades, où se réfugiaient bon nombre de faux sauniers parce qu’ils étaient soutenus par 600 à 900 ouvriers (bûcherons, sabotiers et tourneurs de vaisselle) qui étaient cabanés dans lesdits bois où ils avaient ouvert plusieurs cabarets et étaient tous armés de fusils.
Au-delà des initiatives individuelles, comme le portacol (portage de sel autour du cou), il y eut beaucoup d’initiatives collectives. Ainsi, à titre d’exemples :
En septembre 1704, Vauvret qui commande le détachement de Pionsat tente une expédition vers le Montel-de-Gelat et réussit à faire prisonniers sept individus armés.
En octobre 1705, la brigade d’Ebreuil capture quatre faux-sauniers dans le bois des Colettes (Jean Tranchier dit Lafringue et Simon Bidet de Servant, Joseph Courant de Nades et Gibert Voyon pris pistolet à la main). Deux autres sont tués, mais cette attaque permet de saisir un grand nombre de balles de sel. Voyon est condamné à mort, les trois autres aux galères.
Le 11 novembre 1705, les employés des gabelles avaient attaqué, dans les bois des Colettes une bande de quatre vingt faux-sauniers. Ils leur avaient saisi vingt-huit chevaux, cent cinquante-sept balles de sel et fait cinq prisonniers.
Le 10 juillet 1707, jour de fête patronale de Charensat, les brigades d’Auzances et de Vergheas arrêtèrent le nommé Ribot, faux-saunier, avec quelques employés. Cette détention causa une émotion populaire. Une femme coupa les cordes, des pierres furent jetées aux employés, qui prirent la fuite.
Le 6 mars 1712, François Aumaitre de Saint-Fargeol et Gilbert Bargignat du Montel-de-Gelat sont condamnés à servir pendant sept années dans les troupes du roi, toujours pour faux saunage.
En septembre 1726, tous les faux sauniers de la bande de Virlet sont arrêtés en vertu de lettres de cachet : Jean et François Mazet, Marien et Bravy Contamine, Louis Raymond, Gilbert Bullidon.
En 1729, plusieurs arrestations ont été mentionnées : Giraud dit Micard de Sainte-Thérence, Gilbert Ballet, Joseph Gayon et Aimé Ducros de Saint-Marcel, Jacques Peynot de Saint-Pardoux, tous faux-sauniers à cheval ou propriétaires de salorges (bâtiment en bois destiné à entreposer le sel).
Le 1er août 1732, une brigade de maréchaussée a suivi une bande de cent-douze faux-sauniers à cheval sans pouvoir intervenir, faute d’effectif suffisant.
Et ce trafic s’est étendu aux troupes de militaires, ainsi :
En 1706, le régiment du marquis de Saint-Germain-Beaupré, cantonné à Montluçon se livre ouvertement au faux-saunage ; treize cavaliers sont emprisonnés.
En 1712, onze cavaliers ou dragons de divers régiments et deux paysans furent fait prisonniers alors qu’ils allaient d’Auvergne en Bourbonnais avec trente-six chevaux chargés de sacs de sel.
Le 6 mars 1712, dix cavaliers avec quarante-sept chevaux chargés de sel furent condamnés à être pendus, jugement suivi d’une ordonnance rendue le 18 mars qui limitait l’exécution à un seul soldat et un autre envoyé aux galères, ce par tirage au sort.
Jusqu’en 1948, les faux sauniers de notre Combraille, condamnés aux galères étaient enfermés dans la prison royale de Montaigut, puis acheminés une à deux fois par an jusqu’au port de Marseille via la chaîne de Bretagne, constituée depuis Rennes et composée au final de 200 à 300 prisonniers : 800 kms à pied, pour un trajet quotidien de 20 à 25 kms. Tous les galériens étaient marqués au fer rouge, soit d’une fleur de lys, soit des lettres « GAL » avant d’être enchainés deux par deux par les forgerons de la chiourme.
Entre 1730 et 1749, le ministère de la Marine fera déporter 900 faux sauniers au Canada par lettres de cachet, sans passage devant la justice. Ils seront choisis en priorité parmi ceux qui savent pratiquer un métier : paysans, artisans, voire militaires. Parmi eux, les deux frères Dupuis, dits «Bramats» capturés en juin 1735 par la brigade des gabelles de Marcillat, ils seront déportés au Canada le 1 avril 1737 sur ordre du roi.
A partir de 1749, les faux sauniers seront condamnés aux travaux forcés aux bagnes de Brest, Rochefort ou Toulon.
Sources : la conférence de Jean-Paul VIRMONT lors du colloque 2025 de Pionsat-Patrimoine