L’ECONOMIE DE PIONSAT EN 1789

31 août 2026 | Histoire & Économie

Les paysans vendaient les produits de la terre dans le canton et n’exportaient rien, aussi, les années où la grêle, la gelée ou un autre fléau dévastateur compromettaient la récolte, on était obligé de se passer de pain ; la disette, avec tout son cortège d’angoisses et de maladies, étreignait le pays et consommait sa ruine.

Malgré l’activité et l’initiative dont pouvait faire preuve les habitants des campagnes, malgré la richesse de la végétation dans les parties cultivées du canton, les charges pesant sur la terre étaient trop lourdes pour permettre à l’agriculture de se développer et prendre l’essor qu’elle connut par la suite.

Les habitants se nourrissaient presque exclusivement de pain de seigle (fait avec la farine et le son), de sarrasin, de fèves, de châtaignes, de raves, de laitage, de chèvres et de porcs salés. Dans quelques maisons, on salait même une vache ; c’est ce que l’on appelait le « grand salé ». Le vin était apporté dans des outres, à dos de mulets. Quelques rares propriétaires, quand l’état des chemins le permettait, envoyaient dans les pays vignobles des chars trainés par des bœufs. Ces voyages longs et fatigants étaient appelés « vinades ».

Aucune grande route ne mettait en communication les divers points du canton, si l’on en excepte la voie romaine de Clermont à Evaux, dont les caractères sont frappants entre Saint-Maurice et Rochedagoux ; cette route traversait le Cher après avoir passé Château-sur-Cher. Cependant, d’après la carte de Cassini, dressée à la fin du XVIIIe siècle, quatre grands chemins partaient de Pionsat se dirigeant, l’un vers Montaigut, l’autre sur Saint-Gervais par Gouttières, le troisième sur Auzances, par Bussières et Saint-Maurice, le quatrième sur Evaux, par Saint-Fargeol, Saint-Marcel et le pont-de-Rameau. Ces chemins étaient dans un état déplorable, mal entretenus malgré les corvées dues aux seigneurs. Ces derniers préféraient affecter ce temps à leurs besoins personnels.

Une seule industrie, celle des toiles, était en honneur. Dans presque toutes les habitations des villages se trouvait un métier à tisser le chanvre, auquel travaillaient les hommes pendant les longs mois d’hiver. Ils faisaient des toiles de 40 à 50 aunes de longueur (1 aune=1,18 mètre) qu’ils vendaient à raison de 20 à 30 sous l’aune (1 sou=5 centimes) suivant la qualité.

Pionsat, par sa situation topographique, constituait un centre de commerce relativement important, et, depuis longtemps, c’était un lieu de rendez-vous pour les marchands du pays. Il y avait deux foires par an et le jour du marché avait été fixé, pour Pionsat, au vendredi de chaque semaine par une ordonnance du roi Louis XI en date du 10 décembre 1482. Ces marchés et foires étaient très prospères et bien approvisionnés. Des rapports du temps énumèrent les marchandises vendues : bœufs, vaches, moutons, cochons, volailles, œufs, beurres, fromages, fil blanc, chanvre, sabots, toiles et tissus. Ces marchés servaient à approvisionner les villes de Montluçon, Montmarault, Gannat, Riom, Clermont, Evaux, Chambon, Auzances.

Ce commerce était toutefois victime de la diversité des poids et surtout des mesures en usage dans ces différentes villes, rendant très difficiles les opérations commerciales : Ainsi le boisseau de Pionsat pesait 21,25 livres, celui de Rochedagoux 26 livres (1 livre=0,454 kilogramme). Pire encore, le septier était la mesure qui variait le plus, ainsi 100 septiers de grains à Clermont valaient 97 septiers à Pionsat, 72 à Auzances, 97 à Saint-Gervais, 111 à Gannat. De même, la mesure d’Auzances employée à Château-sur-Cher, pesait 238 livres, celle de Pionsat valait 200 livres.

Quant aux impôts, ils étaient mal répartis et mal perçus. Les propriétés se divisaient en biens nobles et biens roturiers. L’inégalité devant l’impôt formait le système des privilèges. La quotité de l’impôt direct variait selon les provinces, les paroisses et même les individus. En Auvergne, la taille (taxe arbitraire prélevée par le seigneur sur ses paysans en échange de sa protection) était évaluée à 20% du revenu net, hors les accessoires et la capitation.

A côté de ses impôts et des charges de toutes sortes sous lesquelles gémissaient les habitants des campagnes, le pays avait à se plaindre des contributions indirectes dont la plus impopulaire était celle des gabelles. (Voir articles à la rubrique Histoire & Economie)

Sources : Le canton de Pionsat durant la période révolutionnaire par Maxime MANGEREL