LE FAUX-SAUNAGE EN COMBRAILLE

2 février 2026 | Histoire & Économie

En 1630, quatre-vingts paroisses de l’Auvergne du nord furent rattachées à la généralité de Moulins (circonscription administrative créée en 1587). Il s’agissait d’au moins la moitié du territoire du pays de Combraille et les cantons entiers de Pionsat, Menat, Saint-Gervais et Montaigut. Rien ne fut changé au point de vue de la gabelle : les paroissiens continuèrent à bénéficier du tarif réduit accordé depuis 1553 aux provinces de gabelles rédimées.
Afin que les habitants des territoires limitrophes de ces cantons ne puissent pas profiter de leur position privilégiée pour revendre du sel aux provinces de grande gabelle qu’étaient le Bourbonnais et le Berry (voir l’article «Un nouvel impôt : la gabelle sur le sel», bibliothèque Histoire & Economie du site internet) il fut créé dans la région comprise entre le Cher et la Sioule une zone de contrôle et des dépôts de vente volontaire à Saint-Gervais, Menat, Montaigut et Pionsat fournissant les paroisses rattachées à ces cantons. Seules étaient en dehors de cette juridiction des deux greniers à sel en pays de vente libre, à savoir les paroisses de Saint-Priest-des-Champs, Biollet, Charensat, Montel-de-Gelat et d’autres plus au sud. C’est donc dans cette zone frontière qu’allait s’installer cette contrebande du sel appelé le faux-saunage.
Les habitants des paroisses comprises dans la circonscription des dépôts de vente volontaire devaient obligatoirement s’y approvisionner et étaient étroitement surveillés, ils ne pouvaient acheter une quantité de sel supérieure à leurs besoins réels ; on leur refusait même souvent le sel nécessaire.
A la suite de plaintes répétées, la Cour des Aides de Montferrand (cour souveraine d’appel créée au XIVe siècle pour traiter les contentieux fiscaux), pour empêcher de commercer les regrattiers des provinces rédimées (celles qui ne paient plus d’impôt sur le sel) décida qu’il ne serait vendu du sel qu’aux gens reconnus pour habitant du lieu et que les vendeurs tiendraient registre de toute vente excédant huit livres avec mention du nom et de la qualité des acheteurs. Les intéressés, marchands de sel et acheteurs faux-sauniers, déjouèrent la manœuvre des autorités.
Comme le relève l’intendant Le Blanc, en septembre 1704, les marchands vendaient du sel à des paysans qui venaient le chercher, de jour, en charrettes puis repartaient tard le soir, suivant d’abord le grand chemin jusqu’à la nuit, puis ils empruntaient des chemins détournés, conduisaient leurs voitures de sel dans des granges ou au milieu des bois. Là, les faux-sauniers venaient prendre possession du sel pour le revendre en Bourbonnais et en Berry. Ainsi le paysan qui achetait le sel donnait au marchand cinq sols de plus que le prix ordinaire et le revendait vingt sols de plus aux faux-sauniers, qui eux empochaient environ deux mille sols par cheval, soit le salaire de cent journées d’ouvrier et cela se reproduisait chaque mois.
Pour juguler ce trafic, une police spéciale fut créée. Ainsi, dépendant de la Direction des gabelles de Moulins, il fut mis en place neuf sièges de juridiction des dépôts, notamment à Montaigut. Chacun était composé d’un président, d’un lieutenant, d’un procureur du roi et d’un greffier. Ces tribunaux disposaient sous leurs ordres de :
quatre brigades ambulantes à cheval de six hommes chacune, dont une implantée à Pionsat,
cinq brigades ambulantes de huit hommes, dont l’une avait ses quartiers à Marcillat,
trente-cinq brigades à pied composées, selon les besoins, de trois à six membres qui étaient notamment postées à Saint-Gervais, Espinasse, Vergheas, Bussières, Arpheuilles, Montaigut, Blot-l’Eglise, Châteauneuf, puis plus tard à Gouttières, Le Quartier et Saint-Hilaire,
vingt-et-un gardes dans les greniers à sel et dépôts,
des employés recrutés comme auxiliaires et résidants dans les zones de la frontière du sel.
Malgré ce luxe de précautions, ce dispositif de surveillance et de justice n’empêcha pas la contrebande due à la différence de prix du sel qui était jusqu’à dix fois plus élevé dans le Bourbonnais et le Berry qu’en Auvergne et en Combraille. Cet écart de prix devait fatalement maintenir la contrebande et pour les habitants du pays de Combraille qui fournissaient la marchandise, un commerce lucratif qui ne manqua pas de se développer.
Ainsi des bandes considérables, pouvant aller jusqu’à deux cents faux-sauniers, conduisaient le sel de la Combraille jusqu’en Bourgogne et en Franche-Comté. Au retour, ils rapportaient du tabac de contrebande qu’ils revendaient dans les villages où ils passaient. Ils avaient par ailleurs des espions qui les avertissaient des attaques des brigades et empruntaient des chemins où ils n’avaient pas à craindre d’être interceptés.

Sources : – la conférence de Jean-Paul VIRMONT lors du colloque 2025 de Pionsat-Patrimoine,
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