Les gabelles étaient, à l’origine, des taxes perçues sur les draps, le vin et les épices.
Le sel, un des rares moyens de conserver la nourriture, est alors un produit essentiel à l’alimentation humaine. 0n le trouve dans la nature, soit en dissolution dans les eaux de mer, soit en l’état solide sous forme de sel gemme.
C’est dans la province du Gâtinais, en 1186, que la gabelle sur le sel apparait pour la première fois. Cet impôt obligeait chaque foyer à acheter une quantité minimale de sel au prix fixé.
En 1318, sur la base d’une idée simple qui consistait à taxer un produit indispensable pour récupérer un maximum d’impôts, le Roi Philippe V instaure la gabelle sur l’ensemble du royaume. Cette mesure ne devait être que temporaire …
En 1356, après la défaite de Poitiers, le Royaume étant endetté non seulement à cause du coût des guerres continuelles, des armées à entretenir et des emprunts de guerre, mais aussi à cause du train de vie de la Cour, Louis XIV fait publier la Grande Ordonnance portant règlement sur le fait des gabelles. Cette ordonnance concerne la vente de sel destiné à la cuisine (pots et salières), les salaisons de viandes et poissons, mais aussi les usages artisanaux et industriels tels que les verreries et les tanneries.
Jusqu’en 1680, les droits sur le sel sont sans cesse modifiés et varient selon les provinces et les événements, mais la gabelle est payée par tous les sujets, exception faite pour les officiers, certains notables, les congrégations, les hôpitaux et les très pauvres.
En 1726, Louis XV, afferme à des fermiers généraux, par appels d’offres, la collecte des taxes et des impôts indirects sur les marchandises. Ainsi, les fermiers généraux ont le monopole sur le commerce du sel et encaissent les taxes et organisent la répression des trafics. La France compte alors quarante fermiers associés à Paris et quarante-deux fermes provinciales.
Avant la révolution de 1789, la Ferme Générale encaisse chaque année cent-vingt millions de livres (environ 1 340 millions d’euros) sur le sel. Elle n’en reverse au Roi que quarante millions (environ 450 millions d’euros), ce qui explique que les fermiers généraux sont détestés par le peuple. A la révolution, seuls sept fermiers généraux sauveront leur tête. Le fermier Gilbert Georges de Montcloux, né à Montaigut en 1726, sera condamné à mort en 1794.
L’unité de mesure de vente de sel était le minot (49 kg) et son prix variait en fonction de la région :
Provinces franches de gabelle (zones de production de sel) : de 1 à 8 livres.
Pays de quart de bouillon (Cotentin) : 13 livres,
Pays des salines (nord-est) : de 12 à 36 livres,
Pays de petites gabelles (sud-est) : de 28 à 31 livres,
Pays de grandes gabelles au nord de la Combraille : de 55 à 62 livres,
Zones frontalières : obligation d’achat d’un minot par an pour quatorze personnes de plus de huit ans, soit 3,50 kg par personne,
Pays de gabelles «rédimées» (région du grand sud-ouest du limousin, de l’Auvergne et du pays de Combraille ayant rachetée une réduction des taxes à perpétuité en versant une dot au Roi Henri II dès 1553) : de 6 à 12livres,
En conséquence, le taux de la gabelle variait au sein du royaume d’une région à l’autre. Ainsi, de part et d’autre de notre Combraille qui constituait une zone frontière, le sel coutait dix fois plus cher en Bourbonnais qu’en Auvergne. Les auvergnats qui payaient le sel relativement bon marché tâchaient d’en obtenir plus que leur compte pour le transporter et le revendre en Bourbonnais.
La topographie vallonnée et les épaisses forêts de notre Combraille étaient propices aux trafics illicites auxquels s’adonnaient des bandes armées avec la complicité des villageois. Les conditions étaient ainsi posées pour la mise en place d’un trafic juteux, mais dangereux : le faux-saunage.
La gabelle a été abrogée le 26 novembre 1789 par l’Assemblée Constituante.
Sources : – Jean-Paul VIRMONT- Histoire de la gabelle et des faux-sauniers au nord de la Combraille,
– Colloque de l’association Pionsat-Patrimoine du 6 avril 2025